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Le procès de la secte OKC reprend, le ministère public réclame plusieurs millions à Robert Spatz #dérivessectaires #sectes #OgyenKunzangCholing

Le troisième procès de la secte bouddhiste et de son « lama », Robert Spatz, a repris ce lundi. L'avocat général demande la confiscation du Château des Soleils, où étaient envoyés des enfants séparés de leurs parents, et de plusieurs millions d'euros.

Le procès de la secte bouddhiste OKC (Ogyen Kunzang Chöling) et de son gourou… pardon, son « lama », Robert Spatz, a repris ce lundi matin à la cour d'appel de Liège. Le troisième procès du genre avait commencé en février et mars derniers, avant plusieurs mois d'interruption. Il doit s'achever jeudi 17 septembre.

L'avocat général a fait parvenir aux parties ses conclusions, dont Le Soir a obtenu copie. Sur 274 pages, le ministère public incarné par l'avocat général Jean-François Godbille, accable Robert Spatz, le fondateur de l'OKC en 1972. Selon lui, les débats commencés en début d'année ont permis d'« éclairer les mécanismes ayant permis aux parties civiles de prendre conscience de l'ampleur de leur état de privation de liberté mentale, de l'état de contrainte dans laquelle elles avaient été placées, des contradictions dans une série de témoignages successifs qui sont explicables par l'emprise encore fort présente [de M. Spatz] au travers de ses acolytes et les structures sociétales et associatives mises en place, amplifiant un discours mensonger et aliénant à l'égard des parties civiles ».

Le principal prévenu ne s'est jamais présenté aux audiences. Arguant d'un état de santé très fragile, il demeure en Espagne. Malgré un avis contraire d'un médecin local.

Les préventions contre le leader de l'OKC, « guide spirituel » pour ses adeptes, sont divisées en deux parties. Des faits présumer commis entre 1975 et 2008. La première partie des accusations porte sur la gestion financière de la secte depuis le milieu des années 1970. Robert Spatz – et parfois une ou deux autres coprévenues – est soupçonné de « faux », « fausses inscriptions comptables », « intention de tromper les autorités judiciaires et de police » en achetant le silence d'un témoin, « extorsions » et/ou « escroqueries » au détriment des adeptes, « blanchiment », ou encore « abus de confiance » sans compter diverses infractions au droit social.

41 millions de francs belges extorqués

Des dizaines de parties civiles sont présentes au procès. La plupart auraient été victimes de l'endoctrinement de la secte afin de lui soutirer des dons. En espèces ou en travail « bénévole » dans les commerces et restaurants bruxellois de la secte. « De nombreux dons, notamment de force de travail, ont été faits en induisant les gens en erreur et en leur dissimulant que de grosses parties de ces dons et plus-values dégagées du travail accompli, si pas l'essentiel, était délibérément détourné… » lit-on dans les conclusions du ministère public. Qui note, cruel : « … pour assurer le train de vie fastueux d'un gourou qui ne suivait pas les mêmes préceptes d'ascèse que celles qui étaient assénées aux adeptes ». Plus de 41,8 millions de francs belges auraient ainsi été soutirés aux croyants au fil des ans.

Selon l'accusation, les membres d'OKC étaient véritablement « hypnotisés » par leur gourou. M. Spatz abreuvait ses ouailles en récits sur les horreurs du monde extérieur, sur un avenir morbide. « L'adepte se trouvait en ce sens hypnotisé, totalement imprégné par ce que disait le lama et son monde ne pouvait plus être autre que celui constitué par la communauté OKC. S'y opposer aboutissait à être jeté, corps et âme, sur le champ en enfer d'une sorte de damnation rendue d'autant plus redoutée que le discours proféré était jupitérien, dramatique pour des oreilles conditionnées à la toute-puissance et sagesse du lama vénéré. »

Enfance sacrifiée

L'autre volet du procès concerne des faits de mœurs. Robert Spatz doit répondre de « prise d'otage de mineurs avec tortures corporelles. De 1975 à 2009, « de nombreux enfants sont soustraits dès l'âge de quatre ans à l'autorité de leurs parents, résidant en Belgique, pour être envoyés au Château des Soleils », à Castellane, dans le sud de la France (Alpes-de-Haute-Provence). Objectif présumé ? « Outre l'endoctrinement facilité des enfants, privés de tout repère parental, la sujétion de leurs parents à l'autorité de Robert Spatz. Souvent exploités dans les commerces appartenant à l'OKC, ou tout simplement escroqués. La secte domiciliait toutefois ces enfants en Belgique pour récupérer les allocations familiales.

 

Le ministère public qualifie M. Spatz de « ravisseur », ce dont il se défend vertement. Tout comme il se défend de tout acte de « torture ». Les bambins, élevés dans les Alpes, étaient soumis à des privations alimentaires, de chauffage, de biens personnels comme des jouets et surtout de l'amour de leurs parents. Ils devaient travailler dans les champs et s'adonner continuellement à des pratiques religieuses. Comme des prosternations devant l'image de leur « lama », Robert Spatz, ou même des séances de karaté pieds nus dans la neige. A cela s'ajoutaient des punitions, parfois violentes. Même si l'avocat général concède que le gourou n'était pas nécessairement informé de toutes ces punitions, il constate que le principal prévenu n'avait « pas soumis ses propres enfants à ce régime, ni ne l'avait partagé lui-même, préférant le confort de ses villas d'Uccle, de Tahiti, de San Lucar ou de Port Grimaud ».

 

Viols

 

Enfin, Robert Spatz répond d'accusations de viols, d'attentats à la pudeur – avec des circonstances aggravantes comme des menaces ou séquestrations – sur quatre femmes mineures au moment des faits alléguer (qui s'étaleraient de 1986 à 2007). La défense conteste les témoignages des victimes. L'une d'elle a à deux reprises retiré ses accusations, possiblement sous la menace de la communauté.

Le ministère public demande la confiscation de nombreux biens appartenant à Robert Spatz, notamment le Château des Soleils. Mais aussi 471.527 euros au titre du « blanchiment » et 3.808.099,62 euros pour compenser les fraudes sociales.

Source : 

https://plus.lesoir.be/323421/article/2020-09-07/le-proces-de-la-secte-okc-reprend-le-ministere-publ...